 |
\ Les Sables - Horta
|

C'est le ciel et le baromètre qui vont déterminer la bonne route à suivre... |
Un golfe pas très clair
Le départ de la première étape entre les Sables d’Olonne et les Açores samedi à 13h02 s’annonce assez mou en raison d’une bulle anticyclonique sur la Vendée. Après une brise de secteur Nord très faible, les quarante-neuf solitaires vont devoir négocier un golfe de Gascogne fort paisible, puis une dépression orageuse avant une longue dorsale jusqu’à Horta !
Il va falloir faire le plein ! D’eau, de nourriture, d’énergie et de confiance… Car les 1 270 milles qui séparent les Sables d’Olonne de l’île de Faïal ne vont pas être avalés très vite. Il y a deux ans, Adrien Hardy avait mis 7 jours 21 heures pour franchir la ligne d’arrivée de la première étape en vainqueur. Cette fois, il va peut-être falloir compter sur dix jours de mer voir plus… pour le premier ! Car la situation météorologique est bien différente de 2006 et plutôt inhabituelle à cette époque de l’année où logiquement, l’anticyclone des Açores est bien calé sur l’Europe et une dépression s’installe sur la péninsule ibérique. Est-ce l’effet des cyclones (Bertha) et dépressions tropicales (Christobal, Dolly) qui se déplacent rapidement au large de la Floride et dans le golfe du Mexique depuis une semaine ? En tout cas, l’Atlantique est très perturbé, l’anticyclone est très fluctuant, le gradient barométrique est peu marqué, des masses d’air chaudes remontent des tropiques, des fronts orageux se déplacent rapidement sur l’Europe de l’Ouest…
Tout commence à… Finisterre !
Le golfe de Gascogne va donc être très délicat à traverser car les brises ne vont cesser de tournoyer de 360° pendant toute la première nuit avant de revenir au secteur Sud dimanche midi lors du passage d’une petite dépression orageuse au large de La Corogne… C’est ensuite du vent d’Ouest modéré qui est annoncé pour lundi matin avant que tout ne s’écroule ! Avec la venue par l’Ouest d’une dorsale anticyclonique qui a vocation à s’installer durablement entre les Açores et le golfe de Gascogne : il en résulte que le cap Finisterre devient un « nœud gordien » météorologique… Au Nord du 45° (latitude de Bordeaux), les vents devraient rester pendant plusieurs jours orientés entre le secteur Ouest et le Sud mais avec de la pression (plus de douze nœuds), tandis qu’au Sud du 43° (latitude de La Corogne), la brise va s’orienter au secteur Nord faible (moins de huit nœuds). Le dilemme est donc cornélien pour les solitaires qui vont devoir choisir leur camp, quasiment dès le coup de canon du départ !
Soit les skippers vont opter pour une route Nord qui reste au milieu du golfe de Gascogne et perdure vers l’Ouest avant de piquer sur les Açores bien après la longitude du cap Finisterre, ce qui va les obliger à faire beaucoup de navigation contre le vent sur une mer agitée. Soit les coureurs choisiront de glisser le long des côtes espagnoles en espérant bénéficier de vents portants et de brises thermiques, en trouvant un trou de souris pour passer le cap Finisterre dans les petits airs, puis en attrapant un flux de Nord qui va faire rallonger la route, les obliger à « tourner à droite » à la latitude de Lisbonne… pour butter contre des vents d’Ouest jusqu’à Horta ! Une route intermédiaire (c'est-à-dire directe) ne semble pas viable car en plein dans les calmes de la dorsale et un changement d’option en cours de match pourrait s’avérer encore plus pénalisant : les vitesses des Mini permettent de parcourir entre 100 et 200 milles par jour et la fluctuation des phénomènes météo dans ces conditions, est aussi du même ordre…
Seul recours : le baromètre…
Avant le départ, les solitaires peuvent faire tourner des simulations pour établir un routage sur plusieurs jours mais dans ces conditions variables où les isobares (qui déterminent la direction et la force du vent) sont espacés et difficiles à anticiper par les modèles numériques, ces schémas risquent fort de devenir obsolètes… dès le lendemain du coup de canon ! Or en ne disposant à bord que d’un poste radio BLU pour écouter des bulletins météo quotidiens qui ne fournissent que des tendances de brise avec les positions de centres d’action (dépressions, anticyclones), le skipper a du mal à retracer une situation correspondant à la réalité sur l’eau. Les seules informations fiables avec lesquelles le solitaire peut décider de sa route, ne sont donc que l’état de la mer (direction de la houle et des vagues), la couverture nuageuse (indicatrice de l’arrivée d’une dépression ou de l’installation du beau temps) et la trace du baromètre (pression atmosphérique réelle). Se faire « manger » par les hautes pressions, c’est voir le baromètre monter au-delà de 1017 hPa ; plonger vers une dépression, c’est constater que la pression descend sous 1013 hPa…
Bref, cette première étape ne va pas forcément favoriser les plus rapides des tandems bateau-skipper mais plutôt mettre en valeur les plus réactifs des solitaires, les plus déterminés à persévérer dans leur option sans douter, les plus observateurs du ciel et de la mer, les plus attentifs aux variations du vent et de la pression atmosphérique. C’est une épreuve de nerfs, un challenge de confiance en soi, une opportunité de marquer un ascendant en ne doutant pas de ses choix, une gestion précise des efforts à fournir et des phases de repos. Ces 1 270 milles vont être longs à parcourir, durs à vivre à bord d’un voilier de 6,50 mètres, inconfortables dans trois mètres cubes habitables, humides sur le pont, sollicitants pour le mental. Cette première étape entre Les Sables d’Olonne et Horta sera une course de stratège pour établir son plan de route, de précision car il faudra rester scotché à la barre, de finesse pour régler en permanence les voiles dans des brises variables… De beaux vainqueurs en perspective aux Açores, parmi les dix-neuf prototypes et les trente voiliers de série, après neuf, dix, onze ou plus jours de mer !
DBo.
vendredi 25 juillet 2008
|
|
|