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\ PYL en face
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Dans les calmes, rester calme... |
Rester philosophe
De la petite troupe qui s'est engluée au Sud, dans les méandres de la dorsale, il est celui qui positive, qui tente, envers et contre tout de relancer la machine et de garder l'espoir. Du haut de son expérience, la voix calme et asurée, Thomas Bonnier, skipper d’architecture élémentaire.
Ancien leader du classement série, il fait et refait les calculs après chaque vacation sur Monaco Radio, moulinant inlassablement les distances au but et redessinant avec clairvoyance la situation de la flotte. Rencontre, au moment où la lumière de l'Atlantique se fait rasante, avec "Gentleman Bonnier" qui effectuera pas moins de trois virements de bord pendant l'interview !
Thomas, quelle est l'ambiance à bord de architecture élémentaire alors que les comptes commencent à être soldés ?
T'es gentil, il reste quand même 800 milles de course ! Donc de l'espoir, surtout avec de la molle... Donc je reste philosophe. J'essaie de vivre heure par heure en espérant que le vent rentre.
Comment analyses-tu ta course jusqu'ici ?
J'ai fait un truc très simple : j'ai suivi le routage d'Hervé Laurent, qui conseillait de partir vers l'Est après quatre heures de route au Nord. J'ai été étonné de virer le premier, mais ça a conditionné la suite et ça s'est vu immédiatement au classement, où j'ai pris la tête. Ensuite, on a manqué de lucidité. Ca passe au Nord et au Sud, mais pas au milieu. J'ai fait 45 milles entre les deux vacations quand le n°626 a fait 188 milles soit quatre fois plus ! Mais ce qu'il a fait [aller plein Nord, comme Thomas l'a deviné, NDLR], je ne l'aurais pas fait : le jeu qui me semble le plus juste, c'est celui de ceux qui ont glissé par le Sud. J'aurais pu le faire, mais je n'ai pas réussi...
C'est ta première grande course au large depuis ta Transquadra...
Oui, ça boucle un peu le truc pour moi. Figure-toi que j'ai perdu Vannes-Les Açores-Vannes en 1994 au même endroit, après m'être fait roulé dans 55 noeuds de vent et avoir dû recoudre ma grand-voile pendant trente heures... Je me sens bien, je n'ai pas d'angoisses, de mal-être, de spectre du "qu'est-ce que je fais là", comme ça a pu m'arriver avant. Des fois, il suffit de pas grand' chose.
Et la suite ?
J'essaie de ne pas trop penser à l'arrivée. Je prends les évènements au jour le jour. Je me dis qu'il y a encore des trucs à jouer. A part contre le n°626, qui a trouvé un passage secret ! Je privilégie la route directe et j'espère qu'on pourra passer par un trou de souris entre le bout de la dorsale et le cap Finisterre. Malgré les apparences, le moral reste bon ! C'est marrant, mes enfants Clara et Martin commencent aujourd'hui le premier stage de voile à La Trinité et ils avaient peur de ne pas pouvoir le suivre jusqu'au bout pour venir m'accueillir aux Sables. Qu'ils se rassurent, je devrais arriver assez tard ! Je les embrasse fort ainsi que Martine.
Propos recueillis par PYL à bord de 40 000 Sabords le 21/08/2006 par 41° 56 N et 18° 46 W à 20.00 TU. (c) 40 000 Sabords Prod. Inc. 2006
Pierre-Yves Lautrou
mercredi 23 août 2006
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