 |
\ PYL en face
|

A bord de 40 000 sabords |
La complainte de l’accompagnant
La vie - et les hasards de l'électronique, aussi, hélas -, vous joue parfois de drôles de tour. Il n'y a pas si longtemps, au départ des Sables, j'étais coureur. Un vrai de vrai, obsédé par le poids, les bascules, les réglages, la météo, etc. Pas venu là pour la croisière mais pour la gagne.
Et puis, paf, une boulette en posant la girouette plus tard, me voilà, à ma demande et par la grâce de ce bon Tonton Yoyo - alias Lionel Régnier, le skipper de 40 000 sabords -, devenu "accompagnateur". Une drôle de race de marin, en vérité, je vous le dis. Le coureur fait tout pour aller le plus vite possible ; l'accompagnateur, lui, s'escrime à freiner son bateau. Evidemment, il aura choisi un coursier des mers - un Pogo 40 en l'occurrence -, c'est beaucoup plus drôle à brider.
Ca vous donne des situations cocasses. Du genre :
- Chef, ca mollit, on renvoie le second ris ? (après le départ de Horta)
- Holà, doucement, faut pas dépasser le troupeau des petits bateaux.
Ou encore :
- Yo, ça gîte ton canote, on ballasterait pas un peu ?
- Malheureux, on va accélérer !
Voire :
- Bon, là on est sous deux ris trinquette et y a sept noeuds de vent, faut renvoyer de la toile !
- OK, mais le deuxième ris seulement, je veux pas que la direction de course nous demande de ralentir...
Avec Grégoire, l'autre équipier venu goûter à cette bête de course cousine de nos Pogo, on a déjà rempli le formulaire de demande de remboursement. Et on a vite compris qu'on était là pour enfiler des perles. Donc, va pour la ligne de pêche à poste, les siestes innombrables, la lecture approfondie de la presse nautique (d'habitude, je ne lis pas les essais de guindeaux...), la cuisine quasi-sophistiquée, les concours de play-lists d'iPod, etc. Ce soir, on a même programmé un film qu'on visionnera sur le PC !
Et la course ? Ben quoi la course ? A la vacation VHF, on entend deux pelés et trois tondus qui racontent tous la même chose : "Tout va bien, j'arrête pas de dormir !" Pas de quoi nous exciter à fomenter des stratégies de course dans tous les sens...
Non, le vrai jeu, c'est plutôt celui de l'ETA : lundi 28 à 9h00, nos patrons respectifs nous attendent de pied ferme. Et on commence à comprendre qu'il va falloir leur expliquer par SMS (merci l'Iridium) qu'on va être légèrement à la bourre.
C'est promis, l'année prochaine, je re-deviens coureur !
A+
PYL, à bord de 40 000 sabords, filant ses 3,5 noeuds sur une mer encore un brin agitée, avec 5 à 7 noeuds de vent de NO à NE, par 40°40 N et 21° 25 W, le 19 août 2006 à 17.00 TU
Pierre-Yves Lautrou
dimanche 20 août 2006
|
|
|