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L'arrivée ! |
Songes d’une nuit d’été
Le sprint final est lancé : chez les prototypes, le duel entre Adrien Hardy et Andraz Mihelin continue tandis que chez les voiliers de série, Francisco Lobato a repris la main. A une journée et demi de l’arrivée à Horta, le match reste ouvert. De quoi imaginer à bord tous les scénarii…
C’est toujours pareil : il suffit que la terre lance ses effluves pour que les têtes commencent à s’enivrer ! Les fragrances d’humidité, de floraison, de pâturages, d’hortensias (la fleur qui a donné son nom au port de Horta sur l’île de Faïal), envahissent l’atmosphère marine après quatre jours de traversée sans rien d’autre qu’un horizon à bascule, un ciel mitigé, un océan encore formé, une lancinante succession d’heures à barrer… et réfléchir. Car en mer, en solitaire, sur un Mini, l’espace vital est confiné mais l’espace mental est infini.
Il n’y a que ça à faire, en tirant sur le stick, en négociant chaque vague, en glissant l’étrave sur la longue houle atlantique, en restant collé à la barre pour les dernières dizaines de milles qui restent à avaler. Car à bord, il n’y a que le classement et la distance au but qui fait tourner les esprits : où sont-ils, que font-ils, m’entendent-ils ? Au Nord, au Sud ? Y a-t-il du vent le soir ? Comment l’atterrage sur les îles va-t-il se terminer ? Y a-t-il encore du grain à moudre ? Quel va être l’accueil à Horta ? Y aura-t-il du monde ? Comment négocier les îles ? Est-ce que j’arriverai de nuit ? Faut-il arriver par le Sud ?
Remue méninge volcanique
Des questions, toujours des questions. Mais les réponses ? Il faut encore attendre une journée ou deux pour commencer à restructurer la réalité, émerger de l’onde, revivre ce court passé infini, élaguer les moments durs pour revisiter les instants forts, discuter de l’empannage mal venu, de la manœuvre ratée, de la glissade interminable, de la vague traîtresse, du grain nauséabond, de la fine pluie insidieuse, du vent à décorner les bœufs, de la brise asthmatique, de la houle arythmique… Des mots, des flashs, des impressions, des lassitudes, des interrogations, des doutes : ça gamberge sec dans l’humidité !
Une bière, un steak, une douche : voilà les basiques requis quand le pied touche terre. La distance n’a pas d’importance : c’est le décalage temporel qui envoie les âmes au ciel. Une lave incandescente de souvenirs et de projections, un magma d’incertitudes et de fondamentaux, un volcan mental en éruption : arriver, couper le cordon ombilical, sortir du plasma marin et retrouver le plancher des vaches…
En attendant, il faut encore tirer sur les cordages, sur le manche, sur l’énergie, sur les paupières, sur ce dos torturé comme un pin maritime, sur cette tête qui tombe régulièrement sur la poitrine. La fatigue, les contusions, les hallucinations, les jambes lourdes de n’avoir marcher : « homme tronc, toujours tu chériras la mer »… Bon. OK. Revenons à la course.
Des nouvelles de la mer
Un : il y a toujours un duel en tête pour la victoire en prototype entre Adrien Hardy (Brossard) et Andraz Mihelin (Adria Mobil Too). Les deux compères ont vingt milles d’avance sur David Sineau (Bretagne Lapins) et plus de trente milles sur un groupe compact formé de Fabien Despres (Soitec), Isabelle Joschke (Degrémont), François Salabert (Aréas Assurances), Nicholas Brennan (Rafiki) et Kristian Hanjsek (Adria Mobil). Les deux premiers sont attendus lundi midi, les poursuivants dans la nuit. Aïe ! Car ici, à Horta, la nuit non seulement tous les chats sont gris, mais en plus il n’y a pas un pet d’air… De quoi bouleverser un classement établi en quelques heures. Bref, si la victoire ne semble plus pouvoir échapper à Adrien ou à Andraz, la hiérarchie à suivre est loin d’être acquise.
Deux : Francisco Lobato (BPI) s’avère redoutable au portant. Il a grignoté Hervé Piveteau (Jules) au fil d’un vent de Nord Est 20-25 nœuds mollissant à 15 nœuds depuis ce week-end. Inexorablement, le Portugais prend la poudre d’escampette et devrait même finir dans les dix premiers au scratch ! Chapeau… Il devrait donc aussi arriver lundi dans la nuit, ce qui n’est pas la meilleure heure pour finir cette première étape entre Les Sables et les Açores.
Trois : la météo est plus favorable pour le peloton, ce qui signifie que les écarts de ce dimanche, vont se restreindre au fur et à mesure des arrivées. Il ne devrait y avoir qu’une journée et demi de différentiel entre les premiers et le groupe de queue, à l’exception de Marie Christine de Brugière (Lady Jim) et de Pierre Brasseur (Peintures Ripolin) repartis des Sables d’Olonne avec deux jours de retards. Une escale d’une semaine qui permettra de panser les plaies et de penser aux baies… Décalage açorien.
DBo.
dimanche 6 août 2006
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